On le sait déjà : c'est au Canada que la vie serait la meilleure, selon la compilation faite par Le Québec économique de l'« Indice Vivre mieux » mis au point par l'Organisation de coopération et de développement économiques.

Mais le Canada est un vaste pays, le deuxième après la Russie.

Alors la question se pose : où les Canadiens se sentent-ils le mieux ?

À Vancouver où les hivers sont plus doux ? À Toronto, sa métropole et son premier centre financier ? À Windsor, ville collée sur notre grand voisin dont beaucoup de Canadiens apprécient les faibles taxes à la consommation ?

Pas du tout.

C'est à Saguenay et à Trois-Rivières. Vous avez bien lu.

Ces résultats ne sont pas ceux d'un tirage au sort, mais d'une étude minutieuse menée conjointement par Statistique Canada, l'Institut canadien de recherches avancées et la Vancouver School of Economics.

Depuis 2009, Statistique Canada pose la même question chaque année dans l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes et l'Enquête sociale générale :  à l'aide d'une échelle de 0 à 10, quel sentiment éprouvez-vous maintenant à l'égard de votre vie, où zéro signifie très insatisfait(e) et 10 très satisfait(e) ?

Les auteurs ont colligé et traité les quelque 340 000 réponses, ce qui représente un échantillon colossal, sans doute inédit.

À titre de comparaison, la maison de sondage Gallup mène depuis 2005 un sondage mondial sur le bien-être subjectif dont l'échantillon moyen est de 1000 personnes par pays. John F. Helliwell, un des quatre signataires de l'étude ici traitée, participe aussi aux travaux de Gallup en la matière.

L'étude présente permet d'obtenir un échantillon minimal de 1400 réponses pour les plus petites des 33 régions métropolitaines de recensement (RMR) canadiennes et d'au moins 2000 pour les plus grandes.

La moyenne canadienne de satisfaction se situe tout juste sous la barre de 8. Seulement 13 des 33 RMR font mieux, dont les six situées au Québec quand on inclut celle d'Ottawa-Gatineau.

Les auteurs précisent même que la moyenne obtenue par Saguenay, Trois-Rivières, Québec, Sherbrooke et Ottawa-Gatineau est « significativement différente de l'estimation de la moyenne canadienne », ce qui signifie une différence de plus de cinq centièmes de points.

Ô surprise, au bas du classement, on retrouve Vancouver, précédée de peu par Toronto et Windsor.

Les autres RMR qui surpassent la moyenne canadienne sont St. John's, Grand Sudbury, Saint-Jean, Thunder Bay, Moncton et Saskatoon.

Les auteurs ont poussé plus loin l'analyse et cherché à voir là où se trouve le plus grand nombre de répondants très satisfaits (ceux qui ont répondu par un 9 ou un 10) ou très insatisfaits (6 ou moins).

Dans la cohorte des très satisfaits, la moyenne canadienne se situe à 38 %. Saguenay et Trois-Rivières glissent aux cinquième et sixième rangs.

Parmi les RMR québécoises, seule celle de Montréal est inférieure à la moyenne canadienne. Vancouver et Toronto ferment à nouveau la marche. Windsor monte en grade, mais reste en bas de la moyenne canadienne.

Ce qui fait la différence, c'est avant tout la cote de satisfaction inférieure à 6.

La moyenne canadienne est aux environs de 14 %, si on tient compte de l'intervalle de confiance calculé à 95 %. Celles de Saguenay, Québec et Trois-Rivières sont inférieures à 10 %. Celle de Montréal, la plus faible des RMR québécoises, est à 13 %, un écart néanmoins significatif avec la moyenne canadienne.

Windsor et Toronto regroupent le plus d'insatisfaits avec une moyenne de 17 %. Vancouver les talonne avec une moyenne légèrement au-dessus de 16 %.

Les auteurs se sont aussi penchés sur le statut des répondants pour établir des liens avec leur taux de bien-être subjectif. Sans surprise, le sage adage d'Yvon Deschamps se vérifie : mieux vaut être riche et en santé que pauvre et malade !

Les auteurs sont très prudents dans l'interprétation de leurs résultats. Ils « semblent indiquer que la satisfaction à l'égard de la vie est plus élevée dans les plus petites collectivités » ; ou encore « c'est la vie locale qui importe le plus pour les gens, ce dont témoignent les niveaux de confiance et de la qualité des attaches sociales dans leurs quartiers et leurs milieux de travail ».

Les résultats de leur analyse soulèvent plusieurs questions susceptibles de nourrir la recherche.

En voici deux : pourquoi seuls les résultats des RMR du Québec (6), du Nouveau-Brunswick (2) et de Terre-Neuve-et Labrador (1) excèdent tous la moyenne canadienne ?

Pourquoi ceux de Montréal et d'Ottawa-Gatineau, parmi les RMR de plus de 1 million d'habitants, excèdent-ils la moyenne alors que Toronto et Vancouver sont bons derniers ?

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