Une telle lézarde dans la brique ne ment pas: il y a eu affaisement à droite.

PHOTO FOURNIE PAR BISSON EXPERT

ANDRÉ DUMONT
Collaboration spéciale

La Presse

La propriété que vous convoitez est-elle assise sur un sol d'argile? Il serait bon de le savoir. Parce que des travaux de stabilisation, ça se facture à coups de dizaines de milliers de dollars.

Lors des étés secs, les entreprises de pieutage font des affaires d'or. Les sols argileux s'affaissent, entraînant avec eux les bâtiments. Parlez-en aux résidants du Plateau Mont-Royal, tout particulièrement à proximité du parc La Fontaine!

Quand l'argile s'assèche et perd du volume, les habitations qu'elle soutient voient leurs fondations se fissurer. La brique se lézarde, certains murs intérieurs se fissurent aussi. Les planchers craquent, les portes et fenêtres se ferment de plus en plus mal.

La grande région de Montréal est parsemée d'un grand nombre de secteurs argileux, notamment le long des rives du Saint-Laurent et de la rivière Richelieu. À Saint-Amable, Saint-Jean-sur-Richelieu et Vaudreuil, l'argile est si souvent problématique que les municipalités exigent une étude de sol avant chaque nouvelle mise en chantier.

Il existe plusieurs types d'argile. Certaines se gonflent au contact de l'eau. Dans la vallée du Saint-Laurent, l'argile a plutôt la particularité de perdre énormément de volume lorsque, pour des raisons exceptionnelles, l'eau qu'elle a l'habitude de retenir disparaît.

«Cette argile retient de l'eau en permanence, contrairement au sable, au gravier et à d'autres types de sol. Malheureusement, la plupart des constructeurs d'habitations ne dépensent pas d'argent pour connaître la composition du sol.»

Adel M. Hanna, 
professeur au département de génie civil, de l'environnement et de la construction de l'Université Concordia

L'eau fait partie de l'équilibre physique de l'argile. Lors de grandes sécheresses ou en présence d'un arbre particulièrement goulu, les pellicules d'eau à même la structure de ce type de sol disparaissent. On parle de dessiccation de l'argile.

En zone fortement urbanisée, le phénomène est aggravé par la multiplication des surfaces où l'eau ne s'infiltre plus: bâtiments, trottoirs, rues et stationnements asphaltés.

Signes d'affaissement

En situation de transaction immobilière, l'inspecteur en bâtiment doit observer tous les signes d'affaissement, dont les fissures et les planchers inclinés. À défaut de connaître le sol de l'endroit, il devra consulter une « carte géologique des dépôts meubles ». De leur côté, l'acheteur et son courtier auraient intérêt à questionner le vendeur et ses voisins sur de possibles problèmes de sol.

Méfiez-vous des bâtiments qui n'ont été pieutés que sur un ou deux côtés. Le pieutage partiel ne peut pas stopper entièrement les mouvements de fondation.

Le pieutage d'un bâtiment peut coûter de 30 000 $ à 50 000 $. « C'est la solution ultime. En 25 ans dans le domaine, j'ai vu plusieurs situations où le pieutage n'était pas la meilleure solution », prévient Jean-Guy Slevan, technologue professionnel au service de la firme de génie civil GS Consultants.

L'idéal est de commander une étude géotechnique. Pour 3000 $ à 5000 $, un laboratoire déterminera la composition du sol, un expert analysera les résultats et des recommandations seront émises.

Parfois, les mouvements de sol se sont résorbés et il suffit de réparer les fissures, souligne Jean-Guy Slevan. Il se peut aussi que le bâtiment ait été construit sur un ancien dépotoir, ou sur du sol remanié qui a été mal compacté avant la construction.

« Il n'y a pas que l'argile qui peut provoquer l'affaissement, reconnaît Raymond Bisson, président de Bisson Expert. Avec notre expérience, on connaît les territoires. On sait que dans telle rue, c'est un problème de remblais et que dans une autre rue, c'est de l'argile. »

Des entreprises comme Bisson Expert peuvent installer des pieux, qui sont de longues barres d'acier enfoncées dans la terre, jusqu'à ce qu'elles touchent le roc. Il s'agit d'une solution permanente.

Les fondations sont consolidées avec des pièces d'acier fixées autour des fissures, qui sont ensuite colmatées. Lorsque l'affaissement est récent, on peut utiliser des vérins hydrauliques pour remettre la maison de niveau. « Sur le Plateau Mont-Royal, cependant, les bâtiments se sont affaissés sur des dizaines d'années, explique Raymond Bisson. On ne peut pas les redresser complètement, sinon on crée plus de dommages. »

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Consulter la carte des types de sol sur l'île de Montréal: http://geogratis.gc.ca/api/fr/nrcan-rncan/ess-sst/9e55410f-cf05-5330-a8b9-572e9a96ce43.html

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