Le sofa d’une propriété à vendre, avec ses jolis coussins et sa couverture, semble un peu trop parfait ? Il se peut bien que la photo ait été retouchée par l’intelligence artificielle (IA). La mise en valeur virtuelle d’une propriété se fait depuis plusieurs années, mais la pratique devient de plus en plus commune avec l’IA. Quelles sont les limites de son utilisation ?

Publié le 18 janvier

Florence Dancause

La Presse

Redécorer une propriété à vendre de façon virtuelle, ou même retoucher certains détails, est maintenant prisé, et c’est encore plus facile d’accès grâce à l’IA. « On est en transition technologique avec l’IA », convient Nathalie Bégin, directrice, pratique sur le courtage, à l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ).

Le home staging traditionnel, quant à lui, s’essouffle un peu ; la pratique demande davantage de logistique et coûte cher. « La location de meubles, le transport, le montage, il y a beaucoup de contraintes », fait savoir Caroline Doyle, copropriétaire de l’équipe de courtiers Forget et Doyle de Royal LePage Urbain. Elle-même l’a fait récemment. « Pour trois mois, c’est 10 000 $ », dit-elle.

L’IA permet ainsi de gagner du temps, et de l’argent. « La dernière utilisation que j’ai faite, c’était de demander d’enlever de l’encombrement », indique Caroline Doyle. Des courtiers peuvent eux-mêmes faire les retouches avec des agents conversationnels, comme ChatGPT. Ils peuvent sinon sous-traiter le travail à des entreprises spécialisées.

De nouveaux outils ont émergé ces dernières années pour les courtiers immobiliers, dont une application pour créer des vidéos de propriétés, générées par l’IA, à partir de photos.

Les photographes immobiliers font aussi davantage appel à l’IA, d’autant que celle-ci est intégrée dans les logiciels de retouches de photos. « Ça nous fait gagner énormément de temps, et ça permet aux clients qui ont commandé les photos de les mettre rapidement sur Centris », fait savoir le photographe immobilier Corentin Hignoul.

« Il n’y a pas seulement des pièces vides que l’on va remplir de meubles. Ça peut être un terrassement qui n’est pas fini : on va le montrer terminé, donne-t-il en exemple. Si on a pris des photos lors d’une journée grise, on va mettre un ciel bleu. »

Lors de visites de propriétés, l’équipe de Caroline Doyle et Carolyn Forget utilise même une application qui modifie en temps réel les pièces. « On peut même aller jusqu’à ajuster les pièces au niveau des rénovations, comme changer le plancher. Ça aide à mieux visualiser le potentiel de la propriété », indique-t-elle.

Le site web Centris a également sorti un outil l’été dernier qui a recours à l’IA pour redécorer les maisons à vendre. On peut décider de modifier à notre goût n’importe quelle photo d’une annonce. Un message d’avertissement est toutefois visible au moment d’utiliser l’outil, qui précise que la conformité et l’exactitude des photos générées par l’IA « ne sont pas garanties ».

Des limites ?

Les possibilités créatrices de l’IA peuvent comporter des risques. Surtout que celle-ci fait fi des réglementations municipales, par exemple. Aux États-Unis, plusieurs cas de propriétés à vendre trop modifiées par l’IA ont été dénoncés : une maison dont le toit et même la façade ont été améliorés au point de ne plus représenter la réalité, des escaliers qui ne menaient nulle part ou l’ajout de fenêtres.

Le problème avec l’IA et le home staging, c’est que les gens peuvent exagérer et faire tellement de modifications qu’on perd l’authenticité de la place.

 Caroline Doyle, copropriétaire de l’équipe de courtiers Forget et Doyle de Royal LePage Urbain

Pour l’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ), l’intelligence artificielle n’est pas à proscrire en immobilier. L’organisme a même publié en 2023 un guide de bonnes pratiques sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour les courtiers. Or, lorsque l’IA est utilisée pour retoucher des photos, « ça ne doit pas déformer la réalité », rappelle son porte-parole et vice-président aux communications, Louis Beauchamp. Par exemple, modifier complètement une cuisine en décrépitude jusqu’à la rendre méconnaissable, ça « devient un enjeu », dit-il.

« Les courtiers ont un devoir de transparence, et ainsi d’éviter toute confusion », souligne Louis Beauchamp. Ainsi, le courtier immobilier doit informer clairement le public lorsque des images sont générées ou retouchées par l’IA, fait-il savoir.

« Souvent, le courtier va mettre la photo d’origine qui va suivre la photo améliorée sur Centris », relève Nathalie Bégin, de l’APCIQ. L’OACIQ rappelle qu’il faut tout de même que le courtier insère une mention de l’utilisation de l’IA.

Au bout du compte, transfigurer une propriété n’aide ni l’acheteur ni le vendeur lors d’une visite de la propriété, soulève la courtière Caroline Doyle. « S’il y a un trop grand écart entre une photo modifiée et la réalité, ça choque l’acheteur. » Les courtiers doivent ainsi jongler entre attirer les acheteurs par des photos attrayantes sur le web, mais ne pas les flouer et les décevoir lorsqu’ils se rendent sur place, glisse-t-elle.

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