Par Carole Le Hirez

23 mai 2024

Le taux variable vous permet d’économiser quand les taux diminuent. Mais le taux fixe de courte durée est avantageux en période d’incertitude. Alors, lequel choisir ? Comparez vos options en tenant compte de vos besoins et de votre niveau de tolérance au risque.

Plusieurs économistes pensent que la Banque du Canada va diminuer son taux directeur au cours des prochaines semaines (en juin ?), ce qui entraînera une légère baisse des taux d’intérêt, notamment des taux hypothécaires. 

Si cette baisse se concrétise et si vous devez renouveler bientôt votre hypothèque, vous pourriez vouloir choisir un taux variable afin de profiter de la diminution des taux. Cependant, si les taux diminuent plus lentement que prévu, un taux fixe de courte durée serait plus avantageux.

« Pour 2024, on anticipait cinq ou six baisses de taux, mais on a peut-être été trop optimiste. En raison de l’inflation, on s’attend à plutôt deux ou trois baisses de taux cette année », indique Philippe Quintal, directeur du développement hypothécaire à la Banque Nationale. 

L’inflation n’a pas diminué aussi rapidement que prévu. La croissance des prix ralentit, mais pas autant que le souhaitent les économistes. L’inflation atteignait 2,9 % en mars, selon Statistique Canada, puis 2,7 % en avril, dépassant l’objectif de 2 % de la Banque du Canada. Afin de contenir l’augmentation des prix, l’institution fédérale a décidé jusqu’ici de maintenir son taux directeur. Il faudra attendre ses prochaines rencontres, prévues le 5 juin, le 24 juillet et le 4 septembre, pour savoir si des baisses vont se concrétiser.

Un taux fixe mais à court terme

En ce moment, Philippe Quintal recommande à ses clients d’opter pour un taux fixe de trois ans. Son raisonnement est le suivant : « Le taux fixe de trois ans offert par la banque est actuellement de 5,19 %. Pour la même durée (trois ans), un bon taux variable tourne autour de 6,6 %. Si on choisit un taux fixe de trois ans, il faudrait que la banque centrale baisse au moins sept fois son taux directeur d’un quart de point pour qu’on soit perdant. Le taux variable deviendrait alors plus intéressant que le taux fixe. Cela pourrait arriver, mais ce n’est pas certain. » À noter que le taux de la banque centrale plafonne à 5 % depuis juillet 2023. 

Toujours selon le spécialiste, dans les périodes économiques où les taux sont bas, il vaut mieux choisir des termes longs pour viser un renouvellement avec un taux hypothécaire plus avantageux. En période d’incertitude, il conseille donc d’opter pour des termes plus courts. « Le choix dépend de votre niveau de tolérance au risque, dit Philippe Quintal. C’est vraiment le premier élément à considérer lorsque vous renouvelez un prêt hypothécaire. »

Taux variable : un risque pour profiter des baisses

Si un niveau de risque un peu plus élevé ne vous empêche pas de dormir et si vous êtes à l’aise avec votre paiement hypothécaire actuel, le taux variable vous permet de bénéficier d’éventuelles baisses de taux. Si vous changez d’avis, vous pouvez passer à un taux fixe à tout moment. Dans ce cas, la banque vous offrira son taux fixe du moment pour le terme restant à votre prêt. Si le taux fixe est moins élevé que le taux variable, votre mensualité baissera, sinon elle augmentera.

Si les taux baissent, vous pouvez demander à votre institution financière de bloquer un taux hypothécaire pour une période de 30 à 120 jours avant le renouvellement de votre prêt à taux fixe afin de profiter de cette réduction. Le taux d’intérêt bloqué est garanti, peu importe les fluctuations du marché. Cependant, si les taux d’intérêt continuent à baisser après la date pour laquelle vous avez bloqué un taux, vous ne pourrez pas obtenir un taux inférieur, à moins que vous n’ayez une option qui le permette (option flottante). Pour tenter d’obtenir un meilleur taux, vous devrez magasiner auprès d’autres institutions financières.

Prolonger la période d’amortissement, diminuer les mensualités

Au moment du renouvellement, si vos paiements mensuels pèsent trop lourd sur votre budget, vous pouvez les réduire en étendant l’amortissement de votre prêt. La durée d’amortissement, qui est en général de 25 ans, peut être prolongée jusqu’à 30 ans. Vos paiements mensuels seront donc moins élevés, puisque le prêt sera réparti sur un plus grand nombre de mensualités. En revanche, le montant d’intérêt sur le prêt total sera plus élevé qu’avec le terme initial et la valeur nette de votre propriété risque d’augmenter plus lentement. 

Pour diminuer le montant d’intérêt si vous allongez la période d’amortissement, vous avez la possibilité de rembourser une partie du capital en versant des acomptes, par exemple quand les taux d’intérêt diminueront ou quand votre budget le permettra. Le montant maximal qui peut être versé en capital chaque année est déterminé par les conditions du prêt. Pour changer la durée de l’amortissement de votre prêt hypothécaire, vous devrez recommencer le processus de qualification auprès de votre institution financière et repasser devant le notaire pour établir un nouvel acte — ce qui génère des coûts. 

Votre hypothèque est-elle transférable ?

Alors que la vie bouge plus rapidement qu’autrefois et que l’on peut être amené à déménager plus souvent, la transférabilité de l’hypothèque à un autre prêteur est un aspect important à considérer, signale Philippe Quintal. Si vous décidiez de vendre votre propriété pour en acheter une autre, est-ce que la banque permet de transférer votre hypothèque actuelle au même taux à la nouvelle propriété acquise ? C’est un élément important à considérer si vous bénéficiez d’un taux de 2 %. Certaines banques ne permettent pas le transfert de taux. 

Alors, taux fixe ou taux variable ? « Tout est une question de besoin », conclut Philippe Quintal. Avez-vous l’intention de conserver plusieurs années votre propriété ou envisagez-vous de déménager d’ici un ou deux ans pour réaliser d’autres projets ? Dans tous les cas, mieux vaut opter pour la solution qui correspond à vos besoins et à votre capacité financière.

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